INSTINCT OU RAISONNEMENT ?

 

INSTINCT OU RAISONNEMENT ? (L’exemple du chat)

 

 

Est- ce de l’instinct, est-ce du raisonnement, la faculté qu’ont certains animaux d’être susceptibles d’éducation ? Quand un ours, qui s’est plusieurs fois brûlé le nez à un fer rouge, obéit à tout ce qu’on lui commande en le menaçant d’un simple bâton peint en rouge, il y a dans ses actes une part de raisonnement et une part d’instinct ; tous les animaux dressés ont pris certaines  habitudes par crainte du châtiment, ce qui dénote chez eux au moins de la mémoire. Mais que dire de ceux qui se donnent de l’éducation à eux-mêmes, qui observent ce qui les entoure, qui en tirent des conclusions, et qui modifient leur conduite d’après les circonstances ? Sont-ils guidés par l’instinct ou par le raisonnement ?

Je connais un chat qui raisonne, assurément. C’était un malheureux vagabond, à qui la fille d’un de mes amis donna un jour à manger, par pitié. Il revint le lendemain, il revint tous les jours ; peu à peu, il se faufila dans la maison, et finit par s’y implanter si bien, qu’il fait maintenant partie de la famille. Il mange à table dans une assiette comme une personne, et il répond quand on lui parle, dans son langage, bien entendu, mais avec des inflexions qui veulent certainement dire quelque chose. En hiver, il passe son temps sur un certain fauteuil, tout près du feu, dans une chambre qui touche la salle à manger. De là, il guette tous les bruits ; et il paraît qu’il a une manière à lui de mesurer le temps, car si le repas est en retard, il quitte son fauteuil et vient adresser ses réclamations à qui de droit.

Mais un bruit d’assiettes se fait entendre : on met le couvert. A la bonne heure ! voilà Minet satisfait ; il se pourlèche d’avance, étire ses quatre membres et fait, à l’anglaise, un brin de toilette pour paraître à table. N’allez pas croire pourtant qu’il viendra s’y mettre le premier : il a bien compris, jusqu’à présent, que c’étaient seulement des assiettes, des verres, des couteaux, etc.., qu’on pose sur la table : Minet ne s’y trompe pas, et il saute prestement en bas de son fauteuil. L’autre jour, il arriva que son maître, qui lisait en se chauffant au même feu que lui, voulut finir une page avant d’aller déjeuner ; et Minet connaît ses devoirs : il sait qu’un chat ne doit pas se mettre à table avant ses maîtres. Il retourna donc auprès du sien, et, se frottant contre sa jambe, miaulant et ronronnant, il sut très bien lui faire comprendre qu’il venait le chercher. Était-ce de l’instinct ou du raisonnement ?

Parmi les maîtres de Minet, il y a une jeune fille d’humour folâtre, qui, tout en aimant beaucoup son chat, le taquine quelquefois. Quand, par exemple, elle lui tire le bout de la queue, Minet se révolte, malgré sa douceur, et montre ses crocs : naturellement, on lui fait honte de sa conduite, et Minet s’apaise. Un jour pourtant, il ne se révolta pas, il ne montra point les dents ; il se retourna doucement, et, allongeant sa langue rose, il se mit à lécher la main qui le tourmentait. Était-ce de l’instinct ou du raisonnement ? Je dois dire que sa maîtresse, touchée, y vit du raisonnement et même du sentiment : elle renonça à tirer la queue du Minet.

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