Le cas Eduard Einstein

Le cas Eduard  Einstein                        Editions Flammarion, 2013

De Laurent Seksik                                                                                                                                                                                           

Excellent ouvrage : émouvant, historique, on est emportés comme rarement. A conseiller !

 

 

Quatrième de couverture :

 

« Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution », écrit Albert Einstein en exil. Eduard a vingt ans au début des années 1930 quand sa mère, Mileva, le conduit à l’asile. Le fils d’Einstein finira ses jours parmi les fous, délaissé de tous, dans le plus total dénuement.

Trois destins s’entrecroisent dans ce roman, sur fond de tragédie du siècle et d’épopée d’un géant. Laurent Seksik dévoile un drame de l’intime où résonnent la douleur d’une mère, les faiblesses des grands hommes et la voix du fils oublié.

 

L’auteur :

 

Ecrivain et médecin, Laurent Seksik est l’auteur de six romans dont « Les derniers jours de Stefan Zweig » traduit dans quinze langues et qui a connu un grand succès.

 

Extrait :

 

Page 47

 

Ma mère (l’épouse d’Albert Einstein) a été la seule fille de sa promotion à être admise à l’Ecole polytechnique de Zurich. Imaginez la fierté des siens ; Songez à la fête qu’a donnée mon grand-père Milos, au village de Kac. Regardez ce parcours, une légende ! La petite Mileva Maric quitte sa province pour l’Ecole royale de Zagreb. Hélas, l’Empire austro-hongrois, va lui fermer els portes de l’université de Prague. Alors la petite boiteuse traverse les frontières. Et la voilà, en novembre 1894, âgée de dix-ans, ses semelles orthopédiques aux pieds et tenant la main de son père devant le bâtiment de Höhere Töchterschule. Et deux années plus tard, la petite bohémienne est acceptée dans une des plus prestigieuses universités d’Europe, l’Ecole polytechnique de Zurich ! La seule fille du département de physique et de mathématique ! Hélas, Mileva tombe sous le charme de mon père. Si semblable tragédie était advenue à Marie Curie, les rayons X n’existeraient pas.

Mileva Maric a sacrifié ses rêves de grandeur pour s’occuper du petit Eduard, elle a abandonné ses études, son travail, ses ambitions. Pour changer mes couches. Voilà le vrai génie. Voilà l’humanité.

Page 66

 

Il (Albert Einstein) apprend à son fils le nom des arbres et celui des oiseaux. L’enfant boit ses paroles. Pourtant il sait déjà tout. Tete est si doué. L’enfant le corrige sur le nom d’un rongeur ou d’une fleur des bois. Mais parfois, et de façon brutale, l’enfant se retire du monde. Eduard s’absente. Eduard se tait. Eduard entonne une comptine. Et ce qu’il exprimes est soudain dissocié du contexte. Son discours est brisé. Après tout, le fils ne tient-il pas de son père ? Lui-même était un enfant différent des autres, solitaire, irascible, surnommé « l’Ours » et dont les crises de colère terrorisaient l’entourage. Hélas, la forme d’étrangeté qu’il devine chez Eduard lui semble sans pareil. Il ne parvient pas à la mettre sur le compte de l’hérédité. Un sourire qui jure avec un sentiment de tristesse. […]

Il se demande si la séparation d’avec Mileva a pu accentuer les troubles. La distance entre lui et ses fils, l’abîme qui s’est creusé avec son ex-femme ont-ils constitué des éléments favorisants ? Et ces tombereaux de haine déversés entre époux. Non ! les enfants de divorcés ne finissent pas à l’asile.

 

Page 77

Le concours de Dieter (infirmier à domicile) coûte une fortune. Les séjours répétés au Burghölsli (hôpital psychiatrique) la ruinent. L’argent que lui remet chaque mois son ex-mari suffit à peine. Il y a bien sûr la dotation du Nobel. Albert avait respecté sa promesse de lui céder les 80 000 couronnes allouées au lauréat.  L’argent avait été divisé en deux parties. 40 000 ont été consacrés à l’achat de deux appartements. 40 000 ont été placés. Aujourd’hui, elle donne des cours de mathématiques et des cours de piano. Elle fera des ménages si les circonstances l’exigent. Elle espère que ses hanches tiendront. Voilà où repose sa seule espérance : tenir

 

Page 80

Dieter, mon infirmier personnel, me suit comme un autre moi-même. Il est censé me protéger. Je ne vois pas où est le danger. Un jour, j’ai réussi à déjouer ma surveillance. J’ai alors soudain eu la certitude que je pouvais voler. C’est une impression de puissance que nul n’a sans doute ressenti avant moi. Mes bras étaient des ailes. Le ciel m’appelait. Je savais que je pouvais survoler la ville basse et me poser sur le lac. Les gens comme moi ressentent les choses différemment. Nul ne peut nous comprendre. Je me suis glissé jusqu’au balcon. J’ai enjambé une balustrade. J’allais accomplir ce que nul homme avant moi n’avait réalisé. Ce que même mon père ne pourra jamais faire. Je serai le premier homme à voler, Eduard Einstein, en deux mots. J’ai regardé droit devant. Les cieux me tendaient les bras. J’ai éprouvé un sentiment de légèreté absolue. Soudain, j’ai ressenti un poids à mon pied gauche. Quelque chose me tirait vers le sol, m’empêchait d’accomplir mon prodigieux destin. De laisser mon nom dans l’histoire. Et au lieu de moi, c’est mon rêve qui s’est envolé.

Voilà pourquoi je n’ai encore confié à personne que je savais marcher sur l’eau. Je crains les jalousies. Ici tout le monde n’est pas si bienveillant. Je me souviens quand, petit, j’ai appris à nager. Papa se tenait au bord du lac. J’entends encore ses hourras quand j’ai fait mes premières brasses. Tu parles d’un exploit !

En vérité, je vois bien que seul ce qui a rapport avec mon père vous intéresse ; il m’a toujours surnommé Tete. C’est en réalité Tede, qui signifie « l’enfant » dans notre langue serbe, celle que parlait ma mère, dans notre langue serbe, celle que parlait ma mère, ma langue maternelle.

 

Page 85

Goebbels a mis sa tête (celle d’Albert Einstein) à prix. Il est numéro un sur la liste noire des personnalités à abattre. Devant Thomas Mann, Joseph Roth, Ernst Weiss, Walter Benjamin, Alfred Döblin, Arthur Kern. Il vaut 5 millions de marks.

 

Page 87

Contrairement à l’opinion répandue, l’Amérique n’accueille pas Einstein à bras ouverts. Un groupe de pression important, la Woman Patriot Corporation, mène campagne pour lui interdire le droit d’entrée aux Etats-Unis. Une pétition organisée en ce sens a rassemblé des milliers de signatures. Le groupe et ses soutiens l’accusent de sympathies communistes. On lui reproche son pacifisme. Le FBI enquête. Son opposition au régime nazi jette le doute sur lui. Ses articles parus dans la presse américaine dès 1925 contre la ségrégation raciale lui valent d’innombrables ennemis. On l’a prévenu, il ne sera pas facile d’obtenir la citoyenneté américaine. Les portes d’Ellis Island commencent à se fermer. L’administration Roosevelt exige pour tout émigrant juif allemand une attestation de bonne conduite délivrée par le gouvernement… nazi ! le Département d’Etat refus l’admission de tout réfugié fiché par la Gestapo.

 

Page 114

On raconte que des agents du FBI rôdent sur Mercer Street autour du 112. Edgar Hoover, le nouvel homme fort de l’Agence, serait convaincu qu’Einstein est un agent à la solde de Moscou. Son visa provisoire ne le protège pas d’une expulsion. Ses appels au pacifisme, sa critique du système capitaliste, ses sympathies socialistes, son engagement en faveur des Noirs américains plaident en sa défaveur. Des groupes américains rêvent toujours de le voir renvoyer en Allemagne.

Il remonte par Baker Street, reprend Mercer Street, arrive au 112, pénètre dans le petit jardin, monte les quelques marches du perron, tourne la clé dans la serrure, traverse le vestibule, entre dans le grand salon où son disposé les quelques meubles Biedermeier sauvés de l’appartement de Berlin. Tout le reste, les sabres, les bibelots, les cadeaux des princes et des ministres qui l’ont reçu et honoré par le monde a été saccagé ou volé par les SS.

 

Page 145

La légende des Einstein comptera des dates fondatrices. 1635, Baruch s’établit en Allemagne. 1905, l’année miraculeuse. 1938, Hans rejoint son père aux Etats-Unis. L’arbre généalogique, arraché de sa terre hostile, poussera, régénéré, sur le sol américain. La longue expérience de sa vie le lui a enseigné. En quelque endroit du monde, on prend racine. La terre importe peu. Seule compte ce que dicte notre conduite, ce que célèbrent nos mémoires. Nous répétons le passé de nos pères, de la même manière qu’enfant nous entonnions leurs prières.

Nulle part on ne reste. Ceux qui croient à la pérennité des lieux se leurrent. Nous vivons l’éternel recommencement. Nous connaissons le chaos après avoir fait l’apprentissage de la gloire. L’éphémère est notre état premier. Notre sillon se creuse dans la boue du temps. La terre devient hostile quand nous y prenons racine. Nous vivons dans l’illusion de la considération de nos semblables. Nous imaginons que nos semblables nous jugent pareils à eux. C’est vrai de quelques-uns. La plupart ne nous voient pas comme nous sommes. Nous sommes la projection d’infinis fantasmes. Chacun possède un avis sur qui nous sommes et qui nous devrions être. Nos vies s’inscrivent dans le regard des autres. L’Histoire nous arrache sans cesse aux destinées premières. Là, depuis la nuit des temps, réside notre force, nos joies sans bornes et nos pires malheurs. Cette glorieuse incertitude est notre Terre promise.

 

Page 160

Quand j’ai relaté ma rencontre au docteur Minkel, il m’a félicité et m’a dit que converser avec les pensionnaires était un bon moyen de sortir de l’isolement. Selon le docteur, je devrais persévérer dans cette voie. Je lui ai demandé si c’était la voie de la guérison. Il m’a observé d’un air froid. Puis son visage a rétréci. Sa tête est rentrée dans son cou. Son corps décapité a quitté la pièce comme pour me signifier que certaines questions ne se posaient pas. Je l’ai revu depuis. Il avait retrouvé la tête sur les épaules. Je le préfère ainsi. Mais, dorénavant, lorsqu’une question d’importance me vient à l’esprit, je tourne sept fois la langue dans ma bouche. Je n’aime pas voir le docteur Minkel dans tous ses états. Je déteste qu’on souffre par ma faute.

 

Page 180

Le programme d’extermination des malades mentaux allemands est sur la place publique depuis que l’évêque catholique de Berlin a dénoncé les « meurtres baptisés euthanasie ». Durant le mois de juillet 1940, tous les malades mentaux juifs hospitalisés du Reich ont été envoyés à Brandebourg-sur-la-Havel pour y être gazés. Puis le programme s’est étendu aux handicapés non juifs. 50 000 malades auraient été assassinés par gazage à l’intérieur des hôpitaux. Le processus a été officiellement arrêté grâce à la pression de l’évêché allemand, relayé par un sermon de l’évêque de Münster, Clemens von Galen, diffusé sur les ondes de la BBC.

Il y a un soupçon général, confinant à la certitude, selon lequel ces nombreux décès inattendus de malades mentaux ne se produisent pas naturellement, mais sont intentionnellement provoqués, en accord avec la doctrine selon laquelle il est légitime de détruire une prétendue « vie sans valeur » -en d’autres termes de tuer des hommes et des femmes innocents, si on pense que leurs vies sont sans valeur future au peuple et à l’Etat. Une doctrine terrible qui cherche à justifier le meurtre des personnes innocentes, qui légitime le massacre violent des personnes handicapées qui ne sont plus capables de travailler, des estropiés, des incurables, des personnes âgées et des infirmes !

 

Page 235

Un homme vêtu comme s’il était de sortie, d’un costume trois pièces, s’est présenté à moi. Il a affirmé se nommer Heinrich Meili et être mandaté par mon père. J’ai eu un mouvement de recul. Il a souri. Il a affirmé être mon tuteur officiel. Il a précisé qu’il était juriste zurichois de formation comme s’il voulait m’en remontrer. J’ai répondu que j’avais fait ma première année de médecine. Il a souri. Il a expliqué que dorénavant, il s’occuperait de mes intérêts. J’ignorais que j’avais des intérêts. Il a terminé en disant que nous en reparlerions, ce n’était pas le lieu.

Je croyais que c’était le lieu.

Puis le père Subov s’est approché et m’a pris à part. Il m’a étreint longuement comme si nous étions proches. Il a commencé à me parler et m’a appris que j’avais le droit d’être triste.

« La tristesse est un sentiment que je ne maîtrise pas bien, mon père. Je suis plutôt porté au désespoir et aux grandes colères. Je ne fais pas dans la nuance.

–       Tu apprendras.

–       Les larmes ne me viennent pas facilement. Dois-je me forcer ?

–       Montre-toi patient.

–       J’ai peur d’oublier maman si je laisse passer trop de temps

–       On n’oublie pas

–       Vous me rassurez, je croyais n’être pas normal.

–       Tu es normal.

–       Ce n’est pas ce qu’on dit… si je vous ai bien compris, je ne reverrai jamais ma mère ?

–       Dans l’au-delà, nous nous retrouverons.

–       Comment la reconnaitrai-je là-bas ? Aura-t-elle gardé son apparence humaine ? Est-ce que sa mort est définitive ? Dois-je attendre ma mort pour espérer la revoir ? Dois-je espérer ma mort ?

–       Tu poses des questions que posent les enfants.

–       On me reproche d’avoir gardé une âme d’enfant.

–       Tu as une âme pure.

–       On la dit malade depuis des années.

–       Eduard, as-tu la foi ?

–       Je ne ressens rien de particulier ?

–       Ecoute simplement ton cœur.

–       Mon cœur bat, mon père, je l’entends.

–       Tu es sur la voie.

 

Page 242

Il n’est nulle question de nature. Il est question de courage. Il a eu tous les courages. Braver la Gestapo, soutenir, un des premiers, la cause des Noirs, aider à la création de l’Etat juif, braver le FBI, ne pas baisser l’échine, ne jamais renoncer, écrire à Roosevelt pour construire la bombe contre l’Allemagne et écrire à Roosevelt pour arrêter la bombe destinée au Japon. Soutenir les juifs opprimés par le Reich. Pétitionner. Etre en première ligne. Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites.

 

Page 242

Le New York Post en date du 12 février 1950 titrait : « Déportez l’imposteur rouge Einstein ! ». Il est devenu un ennemi de l’Amérique. A soixante-dix ans passés, une cible privilégiée du pouvoir. Dans le Dallas Times Herald, le sénateur du Mississipi, John Rankin, déclare : « On aurait dû expulser Einstein il y a des années en vertu de ses activités communistes. »

 

Page 254

 

Mon père a dit : « Celui qui ressent sa propre vie et celle des autres comme dénuées de sens est fondamentalement malheureux, puisqu’il n’a aucune raison de vivre ». Qui pourrait trouver un sens à ma vie ? Il faudrait être fou.

Mon père a dit : « Il n’existe pas d’autre éducation intelligente que d’être soi-même un exemple ».

Cause toujours.

Mon père a dit : « Je n’approuve pas que des parents exercent une influence sur les décisions de leurs enfants lorsque celles-ci peuvent déterminer le cours de leur existence ». Mon père a respecté ses engagements. Il n’est jamais intervenu, il n’a exercé d’influence sur aucune de mes décisions. Je ne sais si je dois le regretter.

 

Page 259

Zurich, 6 mars 1952

Cher Professeur,

Depuis près de vingt ans je suis le tuteur et l’unique ami du plus original des poètes suisses, robert Walser, qui vit depuis un quart de siècle dans un asile d’aliénés. De tels êtres me sont plus chers que ceux qu’on qualifie de « normaux », m’accorderiez-vous l’autorisation l’honneur et la joie de prendre contact avec votre fils Eduard ? Peut-être pourrais-je m’en faire un ami, si je l’invite de temps en temps pour un bon repas dans un restaurant ou si j’entreprends une promenade en sa compagnie, comme je fais avec robert Walser plusieurs fois par an ; et c’est alors à moi, bien souvent, que l’on fait un cadeau, dans le sens spirituel de ce mot.

J’ai observé la même chose chez d’autres malades mentaux : la plupart du temps, les psychiatres les traitent de mauvaise manière, c’est-à-dire comme des malades. Je fais toujours comme s’ils étaient normaux et j’ai découvert que nulle part leur esprit et leur âme ne s’ouvrent mieux qu’au cours de longues promenades. Entre quatre murs ils deviennent butés et rebelles.

 

Page 277

Monsieur Carl semblait triste, ce matin, lorsqu’il est passé me voir dans ma famille d’accueil. Je lui ai demandé pourquoi.

« J’ai une mauvaise nouvelle à t’apprendre.

–       C’est moi qui devrais être triste, pas vous.

–       C’est une mauvaise nouvelle pour nous tous.

–       Le Burghölzi va fermer ? (l’asile)

–       Eduard, je dois t’apprendre la disparition de ton père.

–       C’est quelque chose de plus terrible.

–       Vous voulez dire qu’il est mort ?

–       C’est cela.

–       Définitivement ?

–       Oui, Eduard.

–       Je n’arrive pas à me faire une idée.

–       Il te faudra du temps.

–       Et vous, pourquoi êtes-vous triste ?

–       J’ai raconté sa vie, cela crée des liens, c’est comme si j’étais devenu un ami.

–       Moi, je n’étais que son fils et encore.

–       Tu étais son fils, Eduard.

–       Je manque d’éléments de comparaison ? je n’ai été le fils de personne d’autre.

–       Tu auras tout le temps de comprendre.

–       Est-ce que les gens vont pleurer la disparition de mon père ?

–       Le monde entier va le regretter.

–       Pour quelles raisons ?

–       Ton père était un grand homme.

–       Un grand savant ?

–       Bien plus que ça. Un esprit éclairé, un homme révolté, un génie.

–       Cela m’émeut de vous entendre parler ainsi d’un homme qui est mon père en quelque sorte. Est-ce que je dois être triste aussi ?

–        Pour d’autres raisons.

–       Lesquelles ?

–       Eh bien quand un proche disparaît…

–       Vous parlez de mon père ?

–       Oui, Eduard.

–       Mon père n’était pas un proche. J’ai appris que l’Amérique était très loin d’ici.

–       Il y a d’autres façons d’être proche.

–       Nous sommes en quelle année, monsieur Carl ?

–       En 1955, le 19 avril.

–       Vous m’avez dit un jour que la dernière fois que j’ai vu mon père c’était en 1933, n’est-ce-pas ? C’est vrai.

 

–       Pour aller plus loin :

 

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-cas-eduard-einstein-par-laurent-seksik_1285556.html

« Le cas Eduard Einstein », par Laurent Seksik

Par Marianne Payot, publié le 26/09/2013 à 15:15

Dans Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik lève le voile sur les drames familiaux du génial physicien qu’est Albert Einstein. Un saississant huis clos.

Imprimer

Zoom moinsZoom plus

1

Voter (1)

Albert Einstein et sa première femme, Mileva.

Reuters

Il aurait été facile à Laurent Seksik de jouer les censeurs. De tirer à boulets rouges sur Albert Einstein, coupable: d’avoir divorcé d’une femme admirable qui lui avait sacrifié sa propre carrière; d’avoir laissé son fils cadet végéter plusieurs décennies dans un établissement psychiatrique de Zurich; ou encore d’avoir abandonné, des années auparavant, une petite Lieserl dans la famille serbe de sa femme… Oui, il était aisé d’accabler le génie du xxe siècle, le Prix Nobel de physique (1921), l’homme du cosmos et des grandes causes humaines.

Mais la finesse de l’auteur n’aurait pu se contenter de cette peinture partiale. Par le traitement à trois voix –Mileva la mère courage et souffreteuse, Albert le père volage et meurtri, Eduard le fou attachant -de ce récit, Laurent Seksik (qui semble avoir tout lu sur le sujet) réussit à démêler les grosses ficelles du drame familial, exacerbé par les tragédies criminelles du siècle. Einstein aura tout affronté: la haine du régime nazi durant son séjour berlinois, les démesures du maccarthysme et la vindicte du FBI lors de son exil américain, la mort d’Elsa, sa seconde épouse, le ressentiment de son fils aîné, mais il restera tétanisé et culpabilisé par la schizophrénie d’Eduard, interné à l’âge de 20 ans, en 1930, à la clinique Burghölzli. Et qu’il ne verra plus jamais après mai 1933, date de son départ à Princeton. Eduard, lui, alterne les enfermements, électrochocs à l’appui, et les pauses chez sa mère esseulée.

Encore une fois, l’auteur des Derniers Jours de Stefan Zweig nous conte avec talent cette Europe des années 1930 et nous rappelle tout en doigté les douleurs intimes des grands de ce monde, la pesanteur des filiations, la complexité de l’âme humaine. Passionnant.

Le cas Eduard Einstein, par Laurent Seksik. Flammarion, 304 p., 19 euros.

, ,

Pas de commentaires pour le moment.

Laisser un commentaire

fringilla dolor justo dapibus ipsum Nullam