Le labyrinthe aux olives

 

 

C’est plein de rebondissements, ça se lit comme un polar et c’est très drôle !

 

Résumé :

 

Deuxième volet de la trilogie. Le héros du ‘Mystère de la crypte ensorcelée’ se voit confier une mission par le commissaire Flores et le soi-disant Ministre de l’agriculture espagnol : remettre une mallette pleine de billets à une femme, à Madrid. Après une nuit dans un hôtel de la capitale, il se rend compte qu’il a été drogué, que l’argent a disparu et découvre le cadavre d’un garçon de chambre dans son lit…

 

Le labyrinthe aux Olives                                       Editions du Seuil

Eduardo Mendoza                                                                           

978.2.02.033309.2

                                                                                                          lu en février 2014 **

 

 

 

Quatrième de couverture :

 

Enfermé dans un asile –contre son gré- depuis six ans, Canuto jardine tranquillement, sans rien demander à personne, lorsqu’il est enlevé. Ses ravisseurs, des policiers véreux, veulent lui confier une mission confidentielle, à la demande d’un prétendu ministre de l’Agriculture. Débute alors une aventure follement vurlesque, où le mystère le dispute aux faux-semblants.

 

L’auteur :

 

Eduardo Mendoza est né à Barcelone en 1943. Il est l’un des auteurs espagnols les plus lus et les plus traduits de ces dernières années. Tous ses romans sont disponibles en Points, notamment « la Ville des prodiges » (élu meilleur livre de l’année par Lire en 1989 et « une comédie légère (prix du Meilleur livre étranger, 1998).

 

Critique :

 

Une des aventures les plus dangereuses, les plus embrouillées et les plus édifiantes de mon existence mouvementée.

 

Une écriture d’une richesse inouïe, qui fait de Mendoza l’égal des plus grands, entre Stendhal et Flaubert (Le courrier picard).

 

Extraits :

 

Page  196

 

« Je vois, dit-elle, que tu ne veux pas parler. Ce n’est pas moi qui vais t’accuser de lâcheté. Il nous en coûte à tous de reconnaître que nous avons, à un moment donné, tout misé au premier tour de la roulette avant même de connaître les règles du jeu. Moi aussi, j’ai cru que la vie c’était autre chose. Après, on continue à jouer, on gagne ou on perd alternativement, mais rien n’est plus pareil : les cartes ont été truquées, les dés pipés et les jetons ne ont plus que changer de poche aussi longtemps que dure la soirée. La vie est ainsi faite et il est inutile de la qualifier d’injuste a posteriori. »

Je lui demandai si elle voulait m’épouser. Elle répondit :

« Je crois que tu as raison ».

–       A quel propos ?

–       A propos de l’essence.

Elle tourna si brusquement que je faillis me casser les dents sur le changement de vitesse, et elle prit une voie qui menait à une station-service où elle se lança dans une discussion technique avec l’individu déplaisant qui s’occupa de nous. Je profitai de cet arrêt pour faire usage des commodités et piquer dans un distributeur une demi-douzaine de chewing-gum qui agrémentèrent, en occupant nos mâchoires, le reste du voyage.

Il faisait complètement nuit quand nous arrivâmes à Sant-Père-de-les-Cireres. Dans la dernière partie du trajet nous n’avions fait que monter, prendre des virages et klaxonner sur une route sinueuse et obscure, qui pénétrait dans un massif montagneux, sauvage, solitaire et brumeux. Le village ne comportait qu’une seule rue perpendiculaire au flanc de la montage et, par conséquent, extrêmement à pic.les maisons étaient en pierre et semblaient inhabitées. Le vent apportait, venue de très loin, une odeur de bétail, de bois brûlé et l’aboiement syncopé d’un chien. Des ampoules sans globe, pendues à des câbles allant d’un toit à l’autre et que le vent agitait à son gré, projetaient une lumière cendrée qui faisait tournoyer des ombres fugaces dans des lambeaux de brume.

–       Voyez un peu, commenta M. Plutarquet, ces coins pittoresques de notre géographie.

Sans prêter attention à ses sottises, nous garâmes la voiture devant un bistrot et entrâmes demander où se trouvait le monastère. Il n’y avait personne derrière le comptoir, mais à nos appels répondit, provenant de l‘arrière boutique, une voix qui nous invita à passer. Nous écartâmes un rideau fait de capsules de bière San Miguel et nous trouvâmes dans une salle de bonnes dimensions où trônait un téléviseur, juché sur un podium tapissé du drapeau catalan. Le patron plaçait des chaises en demi-cercles face à l’appareil.

–       Excusez-moi de ne pas vous servir, mais il faut que je termine mon installation avant leur arrivée.

–       L’arrivée de qui ? demandai-je.

–       Des gens, couillon.

–       Vous montez et démontez chaque jour la boutique ?

–       Ce qui me fatigue avec les touristes, c’est qu’il faut tout leur expliquer, fit le cabaretier-sociologue. Maudit soit celui qui a inventé le tourisme. Vous venez d’où ?

–       De Barcelone.

–       Ah ! ce sont les pires : les Barcelonais ! Les pires avec les Français.

–       Permettez qu’on vous aide, dis-je en prenant une chaise. Nous finîmes tous les quatre d’installer ‘amphithéâtre et le patron contempla le résultat avec une évidente satisfaction.

–       Le pire, mis à part les Français et les Catalans, ça a été de transporter la télé, nous conta-t-il. Vous n’imaginez pas ce qu’elle pèse. Avant, j’en avais une en noir et blanc qui était moins lourde. Mais celle-ci, comme elle est en couleurs, elle pèse le double. Venez, je vous paye une bière pour m’avoir aidé.

Nous allâmes jusqu’au comptoir, il ouvrit une canette de bière, remplit trois petits verres et but le reste de la bouteille au goulot.

–       Santé, santé ! lançâmes-nous.

–       Habituellement, dit le patron pour répondre à la question que nous lui avions posée une demi-heure auparavant, le poste est là, sur cette étagère. Le client qui vient pou prendre quelque chose peut regarder gratis. Quand on donne un programme spécial, j’augmente un peu le prix des consommations. Ca me paraît juste.

–       Et ça l’est, assurai-je.

–       Mais aujourd’hui, comme la partie commence à deux heures du matin, j’ai pensé que j’en profiterais pour faire un dîner-spectacle. A mille balles le couvert et, vous n’allez pas le croire, toutes mes tables sont réservées. A dix heures et demie, je commence à servir : potage vermicelle, boudin et fromage blanc. A minuit, une petite coupe de champagne. Ensuite, des disques à la demande. A deux heures, la partie. Celui qui ne paye pas le dîner complet ne voit pas la partie. J’avais pensé commander des mirlitons et des chapeaux de cotillon au représentant, mais ma femme m’a dit : « Miguel, ne te complique pas la vie ! ». Alors, pas de frivolités.

–       Pourquoi transmet-on la partie à deux heures du matin ? demanda M. Plutarquet.

–       Parce qu’on la retransmet via satellite de je ne sais où. De France, probablement.

–       Et qui joue ? demanda encore M ; Plutarquet qui était toujours dans la lune.

–       L’équipe nationale contre une bande de salopards. Si vous voulez dîner et voir la partie, je vous mets une table.

C’est mille cinq cents balles.

–       Avant, c’était mille.

–       Maintenant, c’est de la revente.

–       Non, merci bien, fis-je. Nous venions simplement vous demander où se trouve le monastère. Nous sommes photographes et nous voulons faire un reportage.

Les yeux du patron ne furent plus que deux fentes par où filtrait la méfiance.

–       Il fait nuit, et il y a du brouillard ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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